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Il n’y avait que l’embarras du choix tant ce match entre les deux meilleurs ennemis du monde fut, chaque fois ou presque, le théâtre de péripéties, de déclarations, d’invectives, de joutes, d’ambiance, de défis, de querelles, de menaces, et puis aussi de bagarres, à nuls autres comparables. On a choisi dix  "classicos " pas classiques du tout.

1984- La Korac fêtée à… Beaublanc !

Jeudi 15 mars 1984, les lampions du stade de Coubertin viennent à peine de s’éteindre sur le sacre retentissant de l’Elan d’Orthez, troisième vainqueur français consécutif de la coupe Radivoj Korac. Les deux précédentes éditions sont revenues à Limoges ! Et c’est à Limoges, qui n’est pas encore l’ennemi public n°1, que dame coupe effectue sa première sortie, avant même de rejoindre la cité de Gaston Phébus. Le "classico" ne l’est pas encore, il n’a que 6 ans d’âge. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes entre le CSP et l’Elan, alors Beaublanc, archi plein, fait la fête aux béarnais. Ovation monumentale à l’entrée des joueurs sur le parquet, présentation " All star ", l’applaudimètre explose les décibels pour Georges Fisher et Mathieu Bisséni, et ce n’est pas fini. Les majorettes endimanchées couvrent de fleurs leurs hôtes, ces derniers gentlemen les renvoient dans les gradins. Madame Dao, recevant celles de Fisher écrase une larme. C’est si beau et si touchant que Pierre Seillant, au micro, remercie chaleureusement le CSP et son peuple. La banda d’Orthez qui n’a pas résisté au plaisir de monter à la rencontre de ses héros entonne l’hymne de l’Eurovision pour lancer le match. Il sera beau. L’Elan manque tout de même d’essence pour finir et s’incline 71-81. Qu’importe il est de nouveau en grande forme pour investir le " Berrichon " débordé mais beau joueur lui aussi. Là, béret sur la tête et tambour à la ceinture, Pierre Seillant rythme une " pitxuli " d’enfer qu’Apollo Faye danse la Korac à la main. CSP-Elan, c’est alors je t’aime moi aussi… Pour la première et dernière fois !

1985- L’affaire Franck Butter

Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les observateurs les plus assidus des choses du basket se sont longtemps interrogés sur l’origine de cette rivalité béarno-limousine qui ne va plus cesser bien au contraire va-t-elle monter dans les tours… Nous situons la première vraie passe d’armes lors de l’été 85, en juillet exactement, non pas sur les parquets puisque ce sont les vacances mais dans les coulisses des transferts. Pierre Seillant annonce la venue à l’Elan d’un jeune et grand espoir du basket national : Franck Butter, 20 ans, 2m10 et, accessoirement, formé au centre de formation du CSP ! La venue de Stéphane Ostrowski à Limoges faisant du jeune pivot le 4ème intérieur de l’effectif, il a informé son agent de sa volonté de faire jouer sa clause de sortie. Pierre Seillant s’ acquitte des 200.000 anciens francs du transfert et attend sereinement le joueur lorsque Xavier Popelier, son homologue limougeaud, déclare à l’AFP : "Nous sommes les seuls à faire un gros effort pour découvrir des talents et leur donner la possibilité de s’exprimer. Il est cavalier qu’un club qui ne consent aucun sacrifice dans ce sens vienne nous dépouiller ainsi.  Il ajoute savoir qu’Orthez a offert" un pont d’or à Butter". 24 heures plus tard, la réponse de Pierre Seillant tombe et si " Limoges le fait rigoler » son propos n’est pas apaisant : "Nous avons gagné une coupe d’Europe avec Hufnagel, Ortéga et Laperche, des jeunes formés chez nous. Quels sont les joueurs de Limoges et de sa région qui jouent en équipe 1 ? Aucun ! Je n’ai donc pas de leçon à recevoir. Limoges n’est pas seul sur terre. " Quid du pont d’or ? " Entre Orthez et Limoges chacun sait bien qui peut offrir un pont d’or… "L’affaire n’ira pas jusqu’au procès dont Limoges avait menacé, le président fédéral, René David, jouera les médiateurs et conclura : "Pas question d’interdire à un joueur de jouer s’il n’enfreint pas la loi. " Butter sera donc béarnais lors de la rentrée, sauf que la hache de guerre a bel et bien été déterrée…"

1986 - La chaise vole, Henderson au tapis !

Il reste 1’50’’ à jouer ce 15 février 1986 à Beaublanc dans ce match d’ouverture de la poule finale nouvellement créée pour attribuer le titre. Tenant de la couronne, Limoges est le favori, mais l’Elan a terminé en trombe la première phase alignant 5 succès consécutifs… Le choc promet et Limoges l’a dominé comptant jusqu’à 20 points d’avance. Les cadres béarnais en berne, ce sont les seconds couteaux Ortéga et Gadou qui sonnent la révolte et ramènent les leurs à 6 longueurs… Limoges va l’emporter au final (107-96) mais l’orage gronde et finit par éclater! Mike Davis, colosse US, et Ben Kaba, sénégalais d’ ébène, ont eu des mots lors des deux premiers duels. Et ils en ont encore lorsque le pivot américain éliminé pour 5 fautes sort en passant devant le banc de l’Elan. Il faut même l’intervention de Mr Marzin, le numéro 2 des arbitres, pour y mettre un terme. Le match reprend mais de banc à banc on échange encore quelques douceurs et rendez-vous est pris pour plus tard. Plus tard c’est dans le corridor étroit qui ramène aux vestiaires, le ton monte, et les coups partent devant quelques stadiers impuissants et médusés. C’est donc Paul Henderson qui va se charger de jouer les justiciers au milieu de ce qui est désormais une vraie bousculade. Là, au moment, pile poil, où il s’interpose, Kaba s’est saisi d’une chaise et l’a balancée sur Davis ! Henderson la prend en plein visage et s’affaisse en saignant abondamment. Le calme est aussitôt de retour. Le docteur du CSP se précipite naturellement vers la victime, lui prodigue les premiers soins et lui conseille de passer par l’hôpital de Limoges, ce qu’Henderson refuse catégoriquement. Il préfère, fut ce au prix de souffrances atroces rentrer en bus avec les siens, jusqu’à Orthez où le lendemain le verdict est sans appel : fracture du nez avec enfoncement de la cloison nasale. Opéré dans la foulée, il est "out" pour 15 jours et quand il revient, c’est avec un masque de protection. Entre Henderson et Limoges (même si c’est son pote fort marri qui l’a blessé) l’histoire va repasser les plats …


 

1987 - La finale disjoncte

C’est la première finale d’un véritable play-off. Le titre se joue au meilleur des trois manches. Limoges l’a emporté chez lui. L’Elan doit donc prendre sa revanche, ce 2 mai 1987 devant les caméras d’Antenne 2, s’il veut disputer la belle à domicile compte tenu de ce qu’il a l’avantage du terrain. C’est aussi et surtout la première fois que les joueurs vont se battre comme des chiffonniers ! Il reste 4’03’’ à jouer avant la mi-temps. L’Elan mène 30-24. La remise en jeu au centre du terrain voit Forestier passer le ballon à Monclar qui le lui repasse. L’arrière limougeaud arme son tir. Sous le cercle la bataille du rebond se prépare, Paul Henderson a pris, devant le massif Clarence Kea, la position dite préférentielle. Que se passe-t-il alors ? Le clan du CSP accuse Paul Henderson d’avoir donné un coup de coude à son adversaire. L’Elan rétorque que dans son dos, Kea a balancé un coup de poing. Toujours est-il que les deux hommes en viennent violemment aux mains et que la bagarre se généralise au point que, ne sachant plus qui se bat, qui tente de ramener le calme, la marée chaussée intervienne elle aussi… La finale est devenue folle et si après maintes palabres, maintes échauffourées le calme semble revenu, l’incendie n’est pas éteint. C’est maintenant Kaba et Kea qui se sont lancés dans un corps à corps violent. Les voilà qui s’affalent tous deux sur la table de presse. L’étreinte est torride. Ils ont fait de leurs bras un véritable étau que personne ne parvient à desserrer. Plus tard, bien plus tard, la petite histoire dira que c’est Pierre Seillant qui est parvenu à faire lâcher prise à l’ancien boxeur Limougeaud… En lui prenant ses parties les plus intimes… Devant la gravité des faits, le délégué de la Fédération match, le géant alsacien, Mr Understock se retire en compagnie des deux arbitres MM. Marzin et Mailhabiau dans ses vestiaires. L’arrêt du match dure 8 minutes. Quand les officiels du match reviennent c’est pour lire un communiquer qui se résume à "on efface tout et on recommence"… La finale reprend et, tout comme après l’orage revient le beau temps, elle est comme si rien ne s’était passé… Et l’Elan égalise à 1 partout avec autorité (93-76). La belle aura donc lieu, non sans que l’Elan ait déposé une réclamation officielle auprès d’Antenne 2 et de Bernard Père, puisque les commentaires du direct ont fait, dit-on, le procès de Paul Henderson… Par bonheur c’est au tour de Canal plus de retransmettre la troisième manche, la chaîne publique sera donc épargnée par la colère de la Moutète… 

1987- La belle très belle.

Trois jours plus tard, le 5 mai, en nocturne cette fois, les deux protagonistes se retrouvent pour décider du titre certes mais aussi sous la menace d’une exclusion de toutes compétitions européennes en cas de récidive. La Fédération les a ainsi prévenus par le biais d’un communiqué. Mais l’abcès ayant été crevé, il n’y aura plus rien de vilain sur le terrain. Au contraire, rien que du beau et bon basket. Et puis un colossal bras de fer de bout en bout. Avec, l’intensité du match l’avait annoncé, un dénouement que les meilleurs dramaturges n’auraient pas désavoué. C’est qu’ils se tiennent à un ou deux points, pas plus, qu’ils jouent à toi à moi, l’Elan et le CSP dans les dix dernières minutes. C’est que chaque panier enflamme ou glace une Moutète au bord de la tachycardie… Et à 11 secondes de la fin, c’est Richard Dacoury d’un panier à trois points, face au cercle, qui pose une option sur le sacre des siens (80-81). Alors, dans un silence profond, devant une foule qui retient son souffle, Freddy Hufnagel entame une folle course contre la montre pour remonter le ballon et le porter au cœur de la raquette adverse. C’est une certitude, à la rage que son regard envoie alentour, l’enfant de Seyches ne cherchera pas un partenaire, il ira au défi, au combat singulier, à la corne. Est-ce Monclar qui, malicieux, le laisse passer pour mieux lui crocheter le ballon par derrière ? Est-ce Kea, croyant pouvoir récupérer la balle à laquelle le meneur béarnais s’accroche ? Ivan Mainini a sifflé la faute. Il y aura deux lancers francs à moins de 4 secondes du gong final. Deux lancers francs pour un titre, le second des béarnais. Deux lancers pour l’histoire. Freddy Hufnagel a rendez-vous avec elle. Le cheveu court, le teint pâle, lui qui n’est déjà pas beaucoup hâlé, le geste nerveux, il a regardé son banc, puis le tableau d’affichage et s’est refermé sur lui-même. Il a alors décomposé et re-décomposé ce geste de base qu’est le lancer. Il a pris une dernière fois sa respiration, jeté un œil sur le ballon, puis il a fixé le cercle sans rien lui dire. Et il a décoché pour marquer avec une pureté d’école. Le second lancer valait déjà moins cher, façon de parler, il le tira avec un cérémonial moindre et de fait la balle heurta l’arrière du cercle avant de retomber dans le filet. 82-81, l’Elan était champion de France. La suite appartenait au délire. Freddy Hufnagel lui prit les jambes à son cou, fonça vers les vestiaires et s’isola quelques minutes… Au bord du terrain, son père Dario, le roc Dario, pleurait…


Gérard Bouscarel 

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